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A en croire le récent sondage publié par TNS/SOFRES, rien n’est moins sûr du fait:

  • D’un taux d’abstention redouté comme très fort, et ce malgré les efforts « médiatiques » que s’apprêtent à faire – quand ils n’ont pas déjà commencé – les différents partis dans les différentes régions.
  • De jeux d’alliances que passent entre eux les différents partis, le plus souvent d’orientation politique similaire (Mouvement Populaire, Nouveau Centre, MPF et Chasse… pour la droite, PS, Europe écologie, parfois Modem pour la gauche), mais aussi parfois des alliances souterraines ou disons tacites  (avec lel FN notamment de tous le partis). Le but : récupération coûte que coûte des électeurs.
  • De l’indécision actuelle de l’ensemble des électeurs disposés à voter, mais sans exactement encore savoir vers où et pour qui. Cela atteste d’une profonde désertification idéologique et politique. Ceux qui voteront ne savent pas encore quelles sont les grandes lignes proposés par les divers courants et partis qui les détermineront, un peu comme s’ils attendaient des offres commerciales qui au dernier moment s’avéreraient plus alléchantes que celle faite par les concurrents. La politique comme négoce et les électeurs se rendant aux urnes comme on va faire son shopping. Bref, une jolie semaine on l’on solde la démocratie, voilà ce qui risque de se jouer entre le 14 et le 21 mars 2010.

Le tchat de brice Teinturier sur le journal Le Monde après la publication du sondage de son Institut:

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L’intégralité du débat avec Brice Teinturier, directeur général adjoint de la TNS Sofres, vendredi 5 février 2010

Jean lauvergnat : Quelle est selon vous la principale surprise du sondage publié hier par votre institut ?

Brice Teinturier : Je parlerais de l’enseignement principal de ce sondage davantage que d’une surprise : la faiblesse de la droite parlementaire qui, avec 31 % des intentions de vote, est très en dessous de son score de 2004, qui était de 36,6 %. L’autre enseignement majeur, c’est l’écart qui s’est creusé entre le Parti socialiste et les écologistes, au bénéfice du premier.

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Jeanne baofino : Le MoDem à 4 %… De combien peut-il monter ou baisser avant mars ?

Brice Teinturier : Il peut y avoir des variations de 2 points, mais les élections régionales ne sont pas une bonne élection pour le MoDem. François Bayrou, quand il incarne le MoDem à une élection présidentielle, est bien plus haut. Mais quand on est dans un scrutin sans incarnation personnelle autour du président du MoDem, la faiblesse du parti en tant que tel réapparaît.

Malou : La gauche est-elle en mesure de l’emporter en Alsace et en Corse ? La droite semble en mauvaise passe dans les deux seules régions qu’elle détient.

Brice Teinturier : La gauche l’avait déjà emporté en 2004, en Corse, elle était déjà majoritaire en voix, et ce sont les négociations qui ont abouti à une présidence de droite. La gauche peut donc à nouveau l’emporter en Corse. En Alsace, c’est plus compliqué car le jeu reste très ouvert entre les écologistes, les socialistes et la droite parlementaire.

Gawel : Europe Ecologie peut-il supplanter le PS comme il avait failli le faire lors des européennes ?

Brice Teinturier : Non, parce que les élections européennes étaient des élections sans enjeu de pouvoir immédiat, et de ce point de vue, beaucoup plus favorables aux écologistes et à leur porte-parole Daniel Cohn-Bendit. Avec les élections régionales, on vote pour des exécutifs régionaux, et donc la question de la gestion, de la compétence, des projets est beaucoup plus aiguë et favorable aux socialistes. Cela étant, dans certaines régions, la compétition sera sans doute rude.

Gawel : Qu’est-ce qui fait selon vous la force du PS par rapport à Europe Ecologie pour ces élections ?

Brice Teinturier : Un des enjeux de ces élections est la fixation du leadership au sein des oppositions. Le PS est aujourd’hui plus fort que les écologistes parce qu’il est davantage capable de proposer une alternative politique à Nicolas Sarkozy, de proposer également des leaders relativement crédibles pour l’élection présidentielle, ce qui n’est pas le cas des écologistes, et de présenter un bilan perçu positivement par les électeurs dans sa gestion des collectivités locales.

Nono : Pourquoi la gauche est-elle plus forte sur les scrutins à enjeux locaux que sur les élections à enjeu national ?

Brice Teinturier : Dans les enjeux nationaux, la gauche paie d’abord sa division, elle est émiettée là où la droite a su faire son unité idéologique et son unité partisane. La gauche a également un problème de leadership, même s’il est sans doute erroné de considérer qu’elle aurait moins de leaders crédibles qu’à droite. En effet, à droite, si vous enlevez Nicolas Sarkozy, vous ne trouverez qu’une poignée de leaders à dimension nationale, tout comme c’est le cas à gauche.

Dans les scrutins locaux, la gauche n’a pas ces problèmes, et elle est capable de présenter des équipes ou des personnalités autour d’un projet qui a su convaincre. Enfin, la gauche a bénéficié dans les scrutins locaux du rejet de la majorité en place : vote sanction en 2004 aux régionales, et après l’opposition à Jean-Pierre Raffarin, vote sanction en 2008 aux municipales.

Kmi : En cas de (quasi) grand chelem de la gauche, Martine Aubry verra-t-elle sa légitimité encore renforcée ?

Brice Teinturier : Oui, je crois. C’est un des enjeux de cette élection régionale. Certains leaders en sortiront renforcés ou fragilisés. Cela vaut aussi bien pour le PS, avec Martine Aubry ou Ségolène Royal, qu’à droite, avec le président de la République, même s’il a récemment déclaré que ces élections ne le concernaient pas directement et qu’il s’en tiendrait à l’écart. En fonction du résultat il peut y avoir une consolidation de Martine Aubry et une légitimité accrue pour elle d’être la future candidate du Parti socialiste.

Sylvie 2 : Est-ce qu’une victoire de Ségolène Royal en Poitou-Charentes peut la relancer ?

Brice Teinturier : C’est plutôt un mauvais score ou une défaite de Ségolène Royal qui lui serait extrêmement préjudiciable. Une belle victoire la remettrait donc dans le jeu, mais elle n’est plus dans la position dominante ou unique qu’elle avait en 2006. La concurrence de Martine Aubry, de DSK, mais également de François Hollande, est aujourd’hui forte.

MG : L’ »affaire Frêche » ne risque-t-elle pas de faire perdre le Languedoc-Roussillon à la gauche ?

Brice Teinturier : Elle peut et va sans doute affaiblir la gauche, mais même avec une liste du Parti socialiste concurrente à celle de Georges Frêche, ce dernier pourrait l’emporter. Nous aurons bientôt une enquête publiée qui permettra d’en savoir plus.

Sid : Est-ce que le front de gauche ou le NPA peut atteindre 10 % dans certaines régions, et donc se maintenir et perturber le PS et Europe Ecologie ?

Brice Teinturier : Le Front de gauche à lui seul ne perturbe pas le PS ou Europe Ecologie. En revanche, le pôle constitué par le NPA, le Front de gauche et Lutte ouvrière, s’il pèse 12 % à 15 % des voix, restera un pôle certes émietté, mais qui influence les décisions et la stratégie du Parti socialiste.

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Tonyo91 : Le NPA s’est fait remarquer ces derniers jours dans le Vaucluse en présentant une femme voilée. Quel impact en terme électoral cette polémique peut-elle avoir réellement ?

Brice Teinturier : Je pense que cela peut permettre au NPA de mordre sur un électorat qui jusqu’à maintenant soit s’abstenait, soit allait sur des listes périphériques dont certaines étaient antisémites et anti-israéliennes. Je pense notamment aux listes Dieudonné en Ile-de-France. En revanche, cela structurera aussi une opposition plus marquée à l’égard du NPA, mais chez des gens qui de toute façon n’auraient pas voté pour lui.

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Guest : Pourquoi le Front national apparaît-il aussi faible alors que la situation économique est un terreau favorable au vote protestataire ?

Brice Teinturier : Pour trois raisons. La première est que Nicolas Sarkozy, en 2006-2007, a su capter le mécontentement des électeurs traditionnels du Front national et siphonner cette formation. Elle ne s’en est pas remise. La deuxième raison, c’est la décrispation de la société française sur des thèmes qui étaient jusqu’alors propices au Front national : l’immigration, la préférence nationale, la délinquance, etc. La troisième raison, c’est l’usure et le vieillissement du leader, Jean-Marie Le Pen, sans que Marine Le Pen ait le même charisme auprès des catégories populaires.

Eric N. : Est-ce que le FN peut gagner une région en cas de triangulaire ou quadrangulaire ?

Brice Teinturier : Non. En revanche, il pèsera fortement dans certaines régions en étant non seulement au second tour, mais au second tour à un niveau élevé. Exemple : la région PACA.

Alain B. : A votre avis, quelles sont les régions où la droite a le plus de chance de renverser la gauche?

Brice Teinturier : Ce sont les régions qui ont été conquises à l’arraché en 2004 par la gauche et qui n’ont pas forcément structuré depuis des réseaux ou une implantation locale très forte. Donc potentiellement des régions comme Champagne-Ardennes, Franche-Comté, et peut-être d’autres encore. Mais même dans ces régions, nous avons aujourd’hui des intentions de vote qui restent en faveur de la gauche.

Sharklady : Avec ses nombreux accords avec le Centre, le MPF,… l’UMP n’est-elle pas en train de brader son poids au sein des conseils régionaux ?

Brice Teinturier : Par définition, quand vous faites une liste unique, vous vous ouvrez à des alliés et vous devez leur proposer des places en situation éligible. Donc, proportionnellement, le nombre de conseillers régionaux UMP stricto sensu peut être plus faible en cas d’alliance avec CPNT, le Nouveau Centre et le MPF. Mais la véritable question est plutôt de savoir si la stratégie unitaire de la droite au premier tour est plus performante ou pas qu’une stratégie d’offre diversifiée, qui aurait mis en concurrence l’UMP, le Nouveau Centre et le MPF.

Karim K. : L’UMP commence sa campagne après tout le monde car elle termine à peine ses listes, est-ce un handicap pour un scrutin qui se tiendra dans deux mois ?

Brice Teinturier : Je ne crois pas, parce que la campagne ne fait véritablement que commencer et que de très nombreux Français sont encore très loin d’être préoccupés par les élections régionales. En revanche, cela traduit une difficulté pour l’UMP à négocier avec tous ses partenaires et ses propres sortants une composition de listes de manière aisée et efficace. Ce sont donc plus des problèmes internes que des problèmes d’opinion.

Karim K : La stratégie de Sarkozy n’est pas claire : on constate qu’il était omniprésent pour la constitution de liste et en même temps il n’est pas personnellement présent dans la campagne… Avez-vous une analyse ?

Brice Teinturier : Ce sont des élections intermédiaires qui sont traditionnellement défavorables au pouvoir en place, notamment lorsqu’il est impopulaire. Nicolas Sarkozy n’a donc pas intérêt à s’y impliquer fortement ou personnellement. En revanche, dans la composition des listes, il semble qu’il ait effectivement joué un rôle important, mais ce n’est pas la même chose que d’être soi-même en campagne.

AB : Le premier ministre, François Fillon, peut-il être un atout important pour la droite lors de ces élections ?

Brice Teinturier : Le premier ministre jouit d’une popularité qui est un peu plus élevée que celle de Nicolas Sarkozy. Il est donc dans son rôle en apparaissant comme le chef de file de la campagne. Il peut aider et soutenir dans les régions les listes UMP. Il se heurte toutefois aux mêmes difficultés que la majorité au global : une forte impopularité dans des élections intermédiaires.

Gawel : Le fait de ne pas remporter de régions mettra-t-il à mal le gouvernement Fillon ?

Brice Teinturier : Si symboliquement le PS réussissait le grand chelem, il y aurait là une difficulté supplémentaire pour la majorité en place, et probablement un remaniement plus important encore. Mais au-delà de la question du nombre final de régions basculant ou ne basculant pas vers la droite, l’enjeu central reste la mesure des rapports de force politiques, et l’on peut très bien avoir deux ou trois régions qui reviennent à droite et un rapport de force extrêmement défavorable à l’UMP. Or c’est ce rapport de force qui pèsera pour l’avenir.

Xavier G. : L’UMP a impliqué énormément ses ministres et ancien ministres dans une campagne régionale… Est-ce que ce genre de casting est généralement efficace ?

Brice Teinturier : Une des difficultés des élections régionales, c’est le manque d’incarnation des institutions régionales et des têtes de liste qui sont souvent peu connues. Il est donc important pour les différentes formations de mettre en place des personnalités connues. De ce point de vue, les personnalités gouvernementales, ministres ou connus nationalement, sont plutôt un atout pour l’UMP. Le risque est qu’en cas de sévère défaite, elles soient touchées par le niveau de rejet.

Bastien G. : Au vu des dernières élections (cantonales, européennes, municipales) et des sondages… Pensez-vous que la droite puisse reprendre la région Ile-de-France ?

Brice Teinturier : Cela semble aujourd’hui très difficile, le rapport de force global lui étant défavorable. En effet, l’Ile-de-France se caractérise à la fois par un bon niveau pour la gauche et par un très bon niveau des écologistes, qui sont cependant derrière le PS. Au total, ce bloc supplante celui de la droite parlementaire.

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Karim K. : Pourquoi le FN fait-il toujours de mauvais scores à Paris ?

Brice Teinturier : Parce que les électeurs du FN sont pour une grande partie d’entre eux des électeurs de catégories populaires et des électeurs dont le niveau de revenus et de diplômes sont plus faibles que ce que l’on trouve parmi les autres électorats. Or la sociologie parisienne est inverse : davantage de gens aisés et davantage de gens diplômés du supérieur.

Magnus : Le projet de réforme territoriale a-t-il une incidence sur la campagne ?

Brice Teinturier : Pour l’instant, l’incidence semble faible. Mais effectivement, c’est un thème que les socialistes utilisent en laissant entendre que les services rendus aux populations dans les régions seraient menacés par la future réforme des collectivités locales. Et cet argument trouve un certain écho dans la population.

Bernard J. : Quels sont les électeurs qui peuvent le plus s’abstenir ? Ceux de droite pour protester contre la politique actuelle, ou ceux de gauche, démobilisés par une victoire annoncée acquise ?

Brice Teinturier : Question difficile et importante, car elle peut avoir une incidence sur le scrutin final. Si l’abstention est forte, cela avantagera probablement plutôt l’UMP et les écologistes. Les premiers parce que leur électorat est constitué de gens âgés qui traditionnellement vont davantage voter que les autres. Les seconds parce que leur électorat est constitué de CSP+, là encore davantage participationnistes. Ça, c’est la théorie. Mais on ne peut pas non plus exclure qu’un vote sanction mobilise davantage les électeurs de gauche que les électeurs de droite, et qu’on ait donc une abstention différentielle en faveur de la gauche.

Anthony : Avec un tel émiettement des voix de gauche au premier tour, n’y a-t-il pas, dans certaines régions, un risque de revivre les élections présidentielles de 2002 avec le FN et l’UMP au second tour ?

Brice Teinturier : Non, je ne crois pas, parce que le FN en réalité reste considérablement affaibli. Si nationalement le FN fait 9 % à 10 %, ce serait non pas l’indice d’une remontée de son influence dans le pays, mais une confirmation de son affaiblissement depuis 2007. En revanche, ce qui est possible, et même prévisible, c’est que dans certaines régions il soit au second tour à un niveau très élevé. Mais on ne voit pas de région d’où la gauche serait expulsée et qui opposerait au second tour une liste FN à une liste de droite.

Même si la matrice générale de ces élections me semble bien campée, n’oublions cependant pas que la campagne ne fait que commencer et qu »aujourd’hui un électeur sur deux seulement déclare s’y intéresser. Les choses peuvent donc non pas s’inverser, mais se nuancer ou se modifier à la marge ou en profondeur, au moins dans certaines régions.

N’est-il pas surprenant qu’à l’occasion des différents sommets qui se tiennent par le monde, consacrés aux problèmes du développement et de l’environnement, de si nombreuses manifestations d’une part aient lieu régulièrement qui dénoncent les pratiques des principaux États en ces domaines, mais d’autre part qu’elle donnent lieu des opérations répressives systématiques et à des interpellations policières chroniques?

Pourtant s’il y a un haut lieu actuel où la démocratie se trouve structurellement impliquée, n’est-ce pas celui de ces sommets où l’on discute entre experts et responsables politiques au plus haut niveau, mais aussi où se convient et s’invitent les peuples pour prendre directement la parole et occuper le terrain afin de faire entendre leurs voix sur les questions écologiques.

Seulement voilà, a l’occasion de ces sommets où l’on devrait entendre d’abord et surtout ce que pensent et veulent les populations elles-mêmes qui vivent au cœur du volcan du développement et de l’environnement, c’est tout le contraire qui a lieu: comme dit Jacques Rancière, la police remplace la politique:  » Partons d’une donnée empirique: l’intervention policière dans l’espace public ne consiste pas d’abord à interpeller les manifestants mais à disperser les
Manifestations. La police n’est pas la loi qui interpelle l’individu ( le « hé vous là- bas » d’Althusser), sauf à la confondre avec la sujetion religieuse. Elle est d’abord le rappel à l’évidence de ce qu’il y a, ou plutôt qu’il n’y- a pas. « Circulez y- a rien à voir ». La police dit qu’il n’y a rien a voir sur une chaussée, rien à faire qu’à y circuler, que l’espace de la circulation n’est que l’espace de circulation. La politique consiste à transformer cet espace de circulation en espace de manifestation d’un sujet: le peuple, les travailleurs, les citoyens. Elle consiste à refigurer l’espace, ce qu’il y a à y faire, à y voir à y nommer. Elle est le litige institué sur le partage du sensible, sur ce nemein qui fonde tout nomos communautaire » 5Les bords du Politique). Rancière écrit bien « partage du sensible », et comme il a raison! Quoi de mieux en guise de partage du sensible que l’air, l’eau, les fruits de la terre etc. S’il est au 20ème siècle un lieu du

politique par excellence c’est donc bien celui qui appelle le mieux ce partage du sensible et qui se trouve être celui des ressources et des conditions de la survie de notre espèce sur terre. Et il faut rétablir le sens des termes: si ces questions sont à l’ordre du jour, ce n’est certainement pas parce que les écologistes s’en sont occupés et portées au devant de la scène politique, mais plutôt parce que ces problèmes sont venus d’eux mêmes (dans les faits non dans des arguments ou des slogans) occuper tout l’espace du partage du sensible et ont de ce fait politisé la scène écologique.
Si lors du présent sommet de Copenhague et au moment même ou les pricipaux chefs d’États sont attendus, on observe que la politique reprend ses droits en ne circulant pas mais en faisant « litige » ce qui ne manque pas s’entraîner ipso facto une débauche de réactions policières qui plus est disproportionnée par rapport aux prises de positions et de paroles des manifestants. Ceux ci en plus d’être dispersés sont arrétés dans des conditions paradoxales ou le mitigé semble basculer du côté de la moi et de l’état policier!

« Démocratie, dans quel état ? » : le risque de n’être pas démocrate

La démocratie, dans quel état?

La démocratie, dans quel état?

LE MONDE | 26.05.09 | 19h12  •  Mis à jour le 26.05.09 | 19h12

ontrairement à ce que disait Sartre, ce n’est plus le marxisme, mais la démocratie qui est devenue « l’horizon indépassable de notre temps ». De Barack Obama à Nicolas Sarkozy, du Hamas à Silvio Berlusconi, tout le monde s’affiche en défenseur de la démocratie. L’intérêt de l’éditeur Eric Hazan d’interroger collectivement cet universel référent n’en est que plus grand. Car ce « mot vague, banal, sans acception précise », ce « mot en caoutchouc », écrivait Auguste Blanqui, oscille entre régime et gouvernement, souveraineté populaire et gestion économique de l’existant, comme le rappelle Giorgio Agamben, l’un des huit intellectuels chargés d’analyser cette nouvelle vache sacrée.

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Même les démocraties se méfient de la démocratie. Ainsi Kristin Ross rappelle l’opprobre jeté sur les Irlandais qui, après avoir rejeté le traité de Lisbonne dans le cadre d’un référendum, en juin 2008, furent sommés de revoter dans un sens plus conforme aux attendus de « l’oligarchie européenne ». La démocratie serait d’ailleurs à tel point devenue l’emblème dominant de notre monde marchand qu’Alain Badiou prend « le risque de n’être pas démocrate ». Car seul le communisme pourra selon lui inverser le cours d’une démocratie réduite à sa forme « capitalo-parlementaire », qui réunit traders et néolibertaires, patrons et « sauvageons » dans une célébration adolescente de la consommation.

Mais ce mépris pour la démocratie, « que l’on retrouve depuis la droite jusqu’à l’extrême gauche, disons depuis Finkielkraut jusqu’à (la revue) Tiqqun« , fait observer Jacques Rancière, repose sur une confusion. La démocratie n’est pas réductible « à une forme de gouvernement ou à un mode de vie sociale ». Elle repose sur « le pouvoir de ceux qui n’ont aucun titre à exercer le pouvoir », sur la capacité de n’importe qui à s’occuper des affaires de la cité.

C’est à ce titre qu’elle demeure un « scandale permanent » (Daniel Bensaïd). Parfois transformée en instrument de domination, en marque de fabrique politique imposée, elle serait devenue un « signifiant vide », écrit Wendy Brown, une politiste de Berkeley. Le mot est certes usé. Mais demeure l’actualité d’une belle idée, comme l’illustre cette volonté commune de lui restituer son « caractère problématique » (Jean-Luc Nancy). La démocratie n’est donc pas la fin de l’histoire. Elle reste même à réinventer par tous ceux qui ne souhaitent pas la cantonner au rituel déserté de l’isoloir.

Nicolas Truong
Article paru dans l’édition du 27.05.09

Démocratie, dans quel état ?, de Giorgio Agamben, Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Wendy Brown, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière, Kristin Ross, Slavoj Zizek, éd. La Fabrique, 152 p., 13 €.

nveaux chemins de la connaissance© RF

Les Nouveaux chemins de la connaissance étaient consacrés du lundi 04 mai au vendredi 08 mai 2009 à la question de la démocratie. Le vendredi 08 mai, Raphaël Enthoven recevait Pierre Rosanvallon et Claude Lefort pour tenter de relégitimer la démocratie. Cette dernière émission de la série est toujours réécoutable et son podcast demeure probablement durant le week-end sur le site de France Culture. A partir de lundi matin elle ne le sera plus mais gageons qu’elle le redeviendra ou qu’elle sera éditée en document sonore accessible au public.

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Invités

Claude Lefort.  Directeur d’Etudes à l’EHESS, il travaille notamment sur la relation que les philosophes contemporains entretiennent avec le phénomène de la démocratie moderne et le phénomène du totalitarisme. Sur la démocratie, il a principalement publié L’invention démocratique (Fayard, 1981, rééd. 1995) et Essais sur le politique : XIXe-XXe siècles (Seuil, 1986).

Pierre Rosanvallon.  Professeur au collège de France, où il occupe la chaire « Histoire moderne et contemporaine du politique », et directeur d’études à l’EHESS. Il a fondé en 2002 « la République des Idées », un atelier international souhaitant participer à la refondation intellectuelle en France et en Europe. Il prépare une trilogie sur les transformations de la démocratie au XXIe siècle, dont il a déjà publié les deux premiers volets, La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance (Seuil, 2006) et La légitimité démocratique (Seuil, 2008).

Blondiaux© RF / Igor Krtolica

Les Nouveaux chemins de la connaissance étaient consacrés du lundi 04 mai au vendredi 08 mai 2009 à la question de la démocratie. Le mercredi 06 mai, Raphaël Enthoven recevait Loïc Blondiaux pour parler de la démocratie participative, à laquelle le sociologue a consacré récemment un livre (Le Nouvel esprit de la démocratie, éd. Seuil, La République des Idées). L’émission est toujours réécoutable sur le site de France Culture, mais malheureusement plus podcastable. Gageons qu’elle le redeviendra ou qu’elle sera éditée en document sonore accessible au public.

Écouter l’émission sur France Culture

Versac CardonPhoto © RF / Igor Krtolica

Les Nouveaux chemins de la connaissance étaient consacrés du lundi 04 mai au vendredi 08 mai 2009 à la question de la démocratie.

Le mercredi 06 mai, Raphaël Enthoven recevait Dominique Cardon et Nicolas Vambremeersch (alias l’ex-blogueur Versac) pour parler de la démocratie à l’heure des réseaux et de « l’opinion publique connectée ». L’émission est toujours réécoutable sur le site de France Culture, mais malheureusement plus podcastable. Gageons qu’elle le redeviendra ou qu’elle sera éditée en document sonore accessible au public. Passionant de suivre la transformation qui s’est amorcée de la sphère publique bourgeoise. Selon les deux invités de Raphaël Enthoven, si celle-ci se caractérisait par des « personnes privées faisant un usage public de leur raison », nous voici dans un espace public formé autour de personnes privées faisant un usage public de tout.

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Mossé BollackPhoto © RF / Igor Krtolica

Les Nouveaux chemins de la connaissance étaient consacrés du lundi 04 mai au vendredi 08 mai 2009 à la question de la démocratie.

Le mardi 05 mai, les seconds des invités de Raphaël Enthoven étaient  Claude Mossé, historienne spécialiste de la démocratie athénienne, et Jean Bollack, auteur d’un ouvrage important sur Empédocle. L’émission est toujours réécoutable sur le site de France Culture, mais malheureusement plus podcastable. Gageons qu’elle le redeviendra ou qu’elle sera éditée en document sonore accessible au public. Instructif comme on pouvait s’y attendre, pour une historisation de la question même de savoir ce qu’est la démocratie plus que pour une célébration.

Écouter l’émission sur France Culture

RancièrePhoto © RF / Igor Krtolica

Les Nouveaux chemins de la connaissance étaient consacrés du lundi 04 mai au vendredi 08 mai 2009 à la question de la démocratie.

Lundi 04 mai le premier des invités de Raphaël Enthoven était le philosophe Jacques Rancière, auteur entre autre de La Mésentente (voir dans notre rubrique Philosophie du présent blog  le compte-rendu) et plus récemment de La Haine de la démocratie.

L’émission est toujours réécoutable sur le site de France Culture, mais malheureusement plus podcastable. Gageons qu’elle le redeviendra ou qu’elle sera éditée en document sonore accessible au public. Passionnant comme on pouvait s’y attendre, même si Rancière précipite parfois sa pensée. Il faut suivre, et c’est peut-être aussi cela l’effort démocratique.

=> Écouter l’émission sur France Culture

Réinventer démocratieComme nous invitait à le penser le sociologue anglais Colin Crouch dans son ouvrage Postdemokratie (Surhkamp) la démocratie est en panne et n’a pas résistée sous ses formes traditionnelles à la globalisation.

Il est donc urgent de réinventer de nouvelles théories mais surtout de nouvelles pratiques démocratiques. C’est à quoi s’essaieront les nombreux participants du Forum« Réinventer la démocratie » qui se tient à Grenoble à partir du 8 mai 2009.

Des intervenants variés et pretigieux tels que Jean-Paul Fitoussi, Bernard Thibault, François Chérèque, Antoine Garapon, Loïc Blondiaux, Michel Rocard, François Dubet etc. ponctueront les atelirs et tables rondes de leurs recherches et réflexions sur la question de la modernisation nécessaire de la démocratie.

Nous essaierons de rendre compte aussi rapidemment que possible des compte-rendus ou des actes qui seront restitués du déroulement de ce forum.

Signalons toutefois que France-Culture est partenaire associé de ce forum, et que la radio a déjà consacré – entre autre durant toute la semaine du lundi 04 mai au vendredi 08 mai dans « Les Nouveaux chemins de la connaissance » proposées par le philosophe raphaël Enthoven – une série d’émissions à la question de la démocratie. Des invités notamment philosophes tels que Jacques Rancière et Claude Lefort, mais aussi des historiens tels que Claude Mossé et Pierre Rosanvallon ont animé ces émissions. Celles ci peuvent être réécoutées  ou mieux « podcastées (cf. notre post précédent…) sur le site de France-Culture. Nous ferons suivre dans nos 5 posts suivants sur le présent blog les 5 émissions encore audibles ou podcastables via le site de France Culture.

Vous pouvez podcaster l’émission Répliques du samedi 02/05/2009 proposée par Alain Finkielkraut pour Penser la Fraternité avec deux philosophes invités, Paul Thibaud et régis Debray

=> http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/index.php?emission_id=14

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